Le rêve de Santucci

Publié le par danse-avec-les-mots

« Le rêve de Santucci : Serènes-Moscou ! »

BASKET. Josiane Vaur. Ancienne joueuse des Serènes de Lunac qui a connu la Nationale 1.

 

 

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                                  Josiane Vaur, dite « Jojo », est arrivée par hasard au

                                           basket et a  ensuite gravi les échelons jusqu'à la N1

                                          avec les Sérènes de Lunac./Photo DDM, C.P.

                                            

Vous avez joué aux Serènes de Lunac pendant de nombreuses années. Comment êtes-vous arrivée au basket ?

Par hasard. J’ai été malade et lorsque le médecin de Lunac est venu me voir, il m'a demandé si je voulais faire du sport. Il montait une équipe de basket, et c'est parti comme ça. Il faut dire qu'il avait une aura sur la commune, il faisait le rabatteur. On a créé un petit groupe et comme les résultats étaient bons,  ça s'est enchaîné.

Et puis petit à petit, vous avez monté les échelons ?

Au vu de nos résultats, il a fallu trouver les moyens financiers pour grimper les échelons. Par exemple, la première année, les filles ramassaient les champignons et les vendaient, cela nous permettait d'acheter des ballons. Moi, je suis arrivée la deuxième année. Il y a eu ensuite l'arrivée d'un entraîneur de Toulouse. Motivation et progrès allaient de pair. Nous étions nous-mêmes surprises de nos résultats. L’histoire avait commencé  sur la place du village ; puis il a fallu construire un gymnase. Au début, nous étions au niveau région et n’étions pas payées. Pendant les vacances, des stages de 3-4 jours étaient organisés.

Comment avez-vous pu suivre financièrement ?

C'est là qu’a débuté l'aventure foie gras. Il nous fallait de l'argent pour monter, c’était le nerf de la guerre. Ce sont nos mamans qui venaient faire du foie gras et le vendre au profit de l'association. Nous étions passées du niveau régional à la N3 puis à la N2. L’équipe des Serènes était alors la seule équipe à voyager en avion et à descendre parfois dans un hôtel. Je leur tire mon chapeau, à nos mamans, elles avaient l'esprit village. On n’aurait pas vu ça en ville. Pour elles, c'était à la fois contraignant et important. Au fur et à mesure, nous avons  su mieux nous structurer.

Croyez-vous que serait possible aujourd'hui l'aventure de cette équipe dans un petit village ?

Non. C'est terminé aujourd'hui. Les gens ne veulent plus s'investir. Je ne pense pas que l'on retrouvera un jour un petit club à ce niveau-là. Demander de l’argent était pour nous inconcevable. Aujourd'hui, même au niveau régional, joueurs et entraîneurs demandent à être un peu payés.

Il y avait la vente du foie gras mais les collectivités locales vous aidaient aussi ?

Oui. Je dis bravo à la municipalité. Le gymnase a été construit en 1973 et chaque fois que nous sommes montées et qu'il y avait des travaux de mise aux normes à réaliser, la municipalité les mis en oeuvre. A l'époque, notre entraîneur était M. Pupunat. Il arrivait du monde pro et a su motiver tout le monde. Nous avons été les premiers à avoir un parquet dans le gymnase. Et tout le monde donnait la main : ce sont les joueuses qui l’ont poncé et verni.

Un mot sur Jean-Marie Santucci, le président emblématique des Serènes ?

Il avait une véritable aura, mais n'était pas un gourou. Avait-il une emprise sur nous ?  Oui et non. Nous l’admirions et le suivions les yeux fermés. On l'appelait le doc. Le club, c'était son bébé et ça le restera. Combien de fois il aurait pu laisser tomber !  Quand nous perdions, il nous écrivait une lettre personnelle, du style Général De Gaulle à ses troupes. Nous était ses filles.

Qu'est-ce que vous retenez de ces années-là ?

Que du bon, même si on a galéré à la fin. Ce fut une belle école de la vie. Cela nous a éduquées et appris le respect des autres, de nos adversaires et la sportivité.

Le président, il avait un rêve un peu fou ?

Oui. Il rêvait de Coupe d'Europe et d'une rencontre Lunac-Moscou. Je pense que nous-mêmes, on n'y croyait pas vraiment. Nous avions du mal en D1. On avait le plus petit budget. Il ne fallait pas rêver. Y croyait-il vraiment ou était-ce pour nous motiver ? Il ne se contentait pas de notre acquis, mais visait toujours plus haut.

Les dernières années ont été difficiles ?

Nous avons fini par croire qu'on nous en voulait, avec trois contrôles fiscaux, en 2-3 ans, des  comptes de la conserverie de foie gras ou du club. Le redressement a été énorme, et la descente est partie de là. A l’époque, cette impression que l'on dérangeait, nous l’avions ressentie comme une injustice.

 

Source : La dépêche du Midi - 2 mai 2011

Publié dans Sport

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